dimanche 16 septembre 2018

Lilou

Ce nouveau roman retiendra-t-il l'attention d'un éditeur ? 
Ai-je eu raison de ne le proposer qu'à des maisons connues ?
Que ferais-je de "Lilou" si mon pari est perdant ?
L'appeler "Les bleus de l'enfance" aurait-il mieux flashé?
Plus essentiel: Ce manuscrit mérite-t-il d'être publié...et lu ?

En attendant la réponse à ces questions,  je vous en offre ici un petit extrait.



Au seuil de la quarantaine, Lilou se retournait sur son enfance, des moments heureux ou déplaisants remontant en bulles de mémoire dans le plus grand désordre chronologique.  Celle-là par exemple :

Un après-midi d’été, alors gamine de sept ans, elle rêvait, assise au bord de l’océan, s’amusant des vagues qui tantôt lui léchaient la plante des pieds, tantôt les recouvraient mollement, avant de refluer pour s’unir à des soeurs, venues de l’infini reprendre inlassablement l’assaut. 
Tout à la sirène qui l’emporterait dans son monde merveilleux, elle ne s’était pas aperçue que la mer commençait à monter ; un premier rouleau effronté éclaboussa son ventre nu innocemment offert, avant qu’un second ne s’enhardisse à se glisser insidieusement sous ses fesses, éveillant en elle une agréable sensation de fraîcheur. Restant bouche bée devant cette audace, la petite imprudemment n’avait pas bougé, si bien qu’une lame plus puissante encore que les précédentes la déséquilibra et la roula sur le sable les coquillages et les galets charriés dans son écume, avant de battre en retraite, maintenant consumée. Le souffle coupé, la fillette s’était relevée hâtivement, reculant dignement, vexée de s’être ainsi laissé surprendre. Une jambe égratignée, regardant du coin de l’oeil les autres enfants qui se baignaient à côté d’elle, elle se refusa à pleurer par crainte des moqueries et, les lèvres pincées, était remontée vers des mères qui papotaient sans rien soupçonner de ce mini-incident.

Pourquoi ce souvenir si lointain et anecdotique, cette infime écorchure d’amour-propre, revenait-il avec tant de précision apparente quand d’autres plus importants semblaient effacés ? Il faut se méfier des bleus de l’enfance. Troubles d’une âme immature, ils ne guérissent jamais complètement. Bien que n’étant, heureusement, le plus souvent que des flots déposant derrière eux un sable éphémère, ils s’exhument des années plus tard en des plaies parfois purulentes. L’inconscient maintient au fond de l’eau des cadavres qui, par effet de putréfaction, finissent invariablement par remonter un jour à la surface.

4 commentaires:

  1. Les bleus de l’enfance ?
    Si le sujet du livre est le traumatisme causé par un viol durant l’enfance , la trace laissée est plus qu’un bleu je pense..

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    1. Merci de ta réponse. L'histoire prouve en effet qu'il s'agit de plus qu'un bleu. Mais pour le titre final, c'est l'éditeur qui décidera...s'il y a éditeur.

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  2. C'est joli ton texte, Pierre, même poétique .
    je rejoins Jean-Luc pour le titre... peut-être trouver un mot qui n'est pas joli à l'oreille ni aux yeux... bleu c'est trop beau et trop léger en effet... peut-être écorchures, blessures, ou cicatrice pour le côté "qui reste visible" ... ou alors le côté fantôme, spectre (qui rappellera tes mots sur le cadavre qui pourrit) pour parler de l'autre ou même bien de soi (l'enfant dont on fait le deuil surtout dans le cas de Lilou)
    en vrac, désolée Pierre

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    1. Le titre correspondait à mon intention initiale d'écriture comme ce prélude. Mais Lilou m'a raconté une histoire, il est vrai, beaucoup plus grave. S'il y a un jour un éditeur, il décidera. Merci à toi de m'avoir lu.

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